La jeune fille se mouvait dans la forêt endormie, ombre gracieuse sous la froide lumière de la lune. Ses pieds nus effleuraient l'herbe humide, ses soyeux jupons de mousseline bruissant doucement contre ses jambes fines. Elle aimait tant se promener ainsi, au c½ur du vaste domaine de son père, lorsque tous étaient endormis. Elle ressentait au plus profond de son être la mystérieuse quiétude des puissances de ce monde, qui la couvaient avec bienveillance. Pourtant, en cette nuit d'automne frissonnante, Morgane percevait une sombre menace. Elle balaya du regard les arbres immobiles, serrant dans sa main frêle le talisman que lui avait légué sa mère avant de mourir. La cadence de son souffle s'accéléra et elle se mit a courir, ayant conscience qu'un piège immatériel s'était refermé sur elle.
- Bonsoir, mon enfant.
Une mince silhouette se détacha des ténèbres, à la voix claire et douce. La jeune fille distingua le feu de ses cheveux cuivrés, et la beauté cruelle de son visage.
Elle murmura précipitamment une incantation qui se brisa aux pieds de son adversaire, comme les vagues s'abîment contre les rochers aigus. Il sourit, amusé, et Morgane lu sa propre mort dans le regard scintillant qui s'écoulait sur elle.
- C'est inutile, petite magicienne. Tes pouvoirs sont sans effet sur moi.
Morgane vit, impuissante, l'homme tirer une épée de son fourreau, et la note froide et métallique vibra dans la nuit d'encre. Cependant elle ne parvint pas a détourner les yeux de son visage, comme fascinée par la finesse de ses traits et la blancheur crémeuse de son teint d'albâtre.
- Qui êtes vous? demanda t-elle d'une voix blanche.
L'homme s'approcha d'elle avec un sourire étrange.
- J'ai beaucoup de noms, ô noble Morgane. Je suis le Prince Ophell, celui dont on redoute le courroux. D'aucuns me nomment l'Assassin...
Lorsqu'il fût si près d'elle qu'elle pouvait entendre les battements réguliers de son coeur, la jeune fille fut secouée d'un délicieux frisson. Elle pouvait sentir son souffle tiède sur ses lèvres et l'espace d'un instant, il effleura sa joue rougie par le froid. Malgré elle son corps s'enflamma de désir pour cet homme qui allait lui ôter la vie. Illustre descendante de la lignée des puissantes magiciennes de Naël, elle ne craignait guère la mort qui plus d'une fois l'avait courtisée. En cette heure terrible, son âme était le siège d'un calme surnaturel qui balaya ses craintes de son onde bleutée.
Lorsqu'il la transperça, le regard irradiant d'un feu glacial, elle ne ressentit qu'un grand froid s'étendant vers son c½ur. Son cri déchira la nuit, et elle s'effondra sur le sol, la main crispée sur sa poitrine meurtrie. L'odeur réconfortante de l'humus s'imposa a elle comme la promesse d'une paix prochaine.
L'Assassin s'agenouilla auprès de sa victime, passant ses doigts fins dans la chevelure sombre. Morgane sentit alors la douleur s'imposer a elle, indomptable et palpitante, et la vie la quitter avec le sang amarante qui s'écoulait sur ses riches atours. Au seuil de la mort, le feu qui brûlait dans son ventre ne s'était pas éteint. L'épée qui l'avait blessée avait gravé dans son coeur ce visage trop séduisant, et la souffrance atroce alimentait ce désir absurde. Elle serra les dents pour ne pas hurler au ciel étoilé les sentiments contraires qui assiégeaient son corps.
- Tu es blessée mortellement, belle enfant. Ta mort est imminente...
Il avait murmuré cela plus pour lui même que pour sa victime agonisante, et sur son visage était peint un ravissement sordide. Il essuya une larme cristalline qui s'écoulait des yeux de la jeune fille et la porta a ses lèvres avec délice.
- Je veux...je veux que tu me prenne...maintenant...dit-elle enfin, succombant a la passion dévorante qui brûlait en son sein.
Les yeux du Prince s'écarquillèrent de surprise, et un désir violent le saisi. Il releva délicatement les jupes de la jeune fille et lui fit l'amour dans le sang avec une fièvre qui lui était étrangère. La douleur et le plaisir s'unirent dans une ronde flamboyante et Morgane expira, apaisée.
Le Prince Ophell embrassa une dernière fois le cadavre encore chaud et s'éloigna, presque a regret. Se pourrait t-il que cette enfant ait touché son coeur ravagé par la haine? « Non cela est impossible » songea t-il en tentant vainement de chasser cette idée insoutenable. « Ce n'était qu'une victime parmi tant d'autres... »
Amy-Morwen
Je sais, cela peut paraître quelque peu macabre et sordide...il se pourrait bien que ce soit une facette peu amène de ma personnalité. La photographie est de moi, prise dans le bois de Paimpont...